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2018-10 / NUMÉRO 148   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Roman
Un destin tragique


Par Josyane Savigneau
2018 - 10


ui se souvient de Maria Schneider, actrice éphémère morte en 2011 à 58 ans ? À coup sûr des cinéphiles. Dans Profession Reporter de Michelangelo Antonioni (1975), beauté brune sauvage et rebelle, au côté de Jack Nicholson, elle est inoubliable. Trois ans auparavant, à 19 ans, elle avait été la partenaire de Marlon Brando dans Le Dernier tango à Paris, film au succès de scandale de Bernardo Bertolucci. Pendant le tournage a eu lieu un incident qui a bouleversé sa vie. Une scène de sodomie dont on ne l’avait pas prévenue. Démunie face aux polémiques suscitées par le film, Maria Schneider est sortie brisée de ce qui aurait dû être des débuts cinématographiques triomphants.

C’est ce destin tragique que raconte Vanessa Schneider dans Tu t’appelais Maria Schneider. Maria était sa cousine, de dix-sept ans son aînée. Enfant, elle était fascinée par elle. Dans une pochette rouge en carton, elle collectait photos et articles concernant Maria. Chacune de ses visites était une fête. Et aussi une inquiétude. Car Maria avait sombré dans une spirale mortifère qui la conduisait régulièrement à l’hôpital. Elle se droguait intensément.

Vanessa s’adresse directement à Maria dans ce livre. Elles avaient un temps envisagé d’écrire ensemble. Le projet n’a pas abouti et Maria est morte. Il a fallu plusieurs années à Vanessa Schneider – par ailleurs grand reporter au Monde – pour se décider à redonner vie à Maria, qu’elle pensait oubliée. L’accueil qui est fait à son livre lui prouve que non.

Avant le désastre qu’a été pour Maria Le Dernier tango à Paris, la vie ne lui a pas été clémente. Mal aimée par sa mère, qui lui fait sentir qu’elle est de trop entre ses deux garçons adorés, négligée par son père, le comédien Daniel Gélin, qui ne l’a pas reconnue – c’était impossible à l’époque car il était marié –, c’est une adolescente un peu perdue qui se réfugie chez son oncle, le père de Vanessa Schneider. L’appartement est petit et quand la naissance de Vanessa s’annonce, elle doit déménager. « Si tu étais restée chez papa et maman, tu serais peut-être passée à côté du malheur », écrit Vanessa Schneider qui, quand elle a su ce qui s’était passé, a eu le sentiment d’avoir, en quelque sorte, chassé Maria.

Ce livre élégant et délicat n’est pas seulement un tombeau de Maria Schneider. Vanessa y est autant présente que Maria. C’est aussi un portrait de famille, l’évocation d’une époque. Les parents de Vanessa sont enfants de familles bourgeoises, mais ils ont choisi de vivre différemment. « Pourquoi n’étions-nous pas comme tout le monde ? Mes parents ne se sont pas contentés de la folie de leurs propres familles, ils ont jugé bon de ne nous épargner aucune des bizarreries en vogue dans les années 70 et se sont appliqués à brouiller les seuls repères qui auraient pu nous aider à nous situer. »

Toutefois, Vanessa a de l’estime pour ces gens qui voulaient mettre leur vie quotidienne en accord avec leurs idées, refusant un certain nombre de facilités, appliquant ce qu’on conseille aujourd’hui, limiter sa consommation. Ces parents hors norme désarçonnaient leurs enfants, à un moment de l’existence où l’on veut être « comme tout le monde ». Mais ils ont tout fait pour sauver Maria, et ils ont permis à Vanessa de devenir une adulte qui ne regrette rien et a pu, après des romans moins intimes, écrire Tu t’appelais Maria Schneider : « Ce livre est pour toi, Maria. Je ne sais pas si c’est le récit que tu aurais souhaité, mais c’est le roman que j’ai voulu écrire. »


 
BIBLIOGRAPHIE 
Tu t’appelais Maria Schneider de Vanessa Schneider, Grasset, 2018, 250 p.
 
 
 
D.R.
 
2018-10 / NUMÉRO 148