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2018-07 / NUMÉRO 145   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Roman
Cicatriser


Par Ritta Baddoura
2018 - 03

Dans Ör, Audur Ava Ólafsdóttir se glisse à nouveau dans la peau – mature, solitaire, tatouée, fragile – d’un homme en quête d’apaisement. Jónas Ebeneser est l’homme loyal et aimant de trois Gudrún : sa maman passionnée de chiffres et de guerres balançant entre lucidité et rêveuses amnésies, sa femme dont il est désormais séparé, et sa fille chérie maintenant grande et qui s’avère n’être pas de lui. Jónas, à la croisée des chemins, se confronte à la perte et la vacuité. Convaincu qu’il n’a plus rien à attendre de l’existence, il projette de mettre fin à ses jours. Souhaitant épargner à sa fille le choc de retrouver son corps sans vie, il penche pour une solution suave.

 

Sans nul autre bagage que sa caisse à outils, et de vieux journaux intimes retrouvés dans un carton oublié, Jónas part à destination d’un pays embourbé dans les derniers relents d’une guerre. Une chambre de l’Hôtel Silence, repéré sur Internet, serait son ultime repaire avant le grand départ. Mais bien évidemment, rien ne se passe comme prévu. Lui qui se pensait en pourparlers avec la mort, se trouve confronté aux autres visages de la douleur et de la mort, ainsi qu’à des formes inédites pour lui de dignité et de courage. Sa caisse à outils, tel un talisman merveilleux, réparera les objets puis les êtres. Sa caisse à outils lui rendra le goût de vivre et sera l’étrange lucarne qui lui permettra d’être aidé à son tour.

 

« Le mot islandais Ör signifie cicatrices. (…) Le terme s’applique au corps humain, mais aussi à un pays, ou un paysage, malmené par la construction d’un barrage ou par une guerre. Nous sommes tous porteurs d’une cicatrice à la naissance : notre nombril (…). Au fil des années s’y ajoutent d’autres cicatrices. (…) Ör dit que nous avons regardé dans les yeux, affronté la bête sauvage, et survécu ».

 

Avec le délicieux humour islandais dont elle a le secret, Ólafsdóttir compose une fable à la fois intemporelle et actuelle sur les processus de réparation d’humains, de géographies et de lieux qui ont connu la destruction physique ou intérieure. Porteuse de belles promesses, la deuxième partie du roman se déroulant à l’Hôtel Silence et ses parages, ne convainc pas toujours et laisse une impression d’inabouti. La partie située en Islande qui ouvre le roman, offre un condensé magique de l’univers d’Ólafsdóttir.

 

En dépit de ce qui distingue les cultures et les réalités d’un bout à l’autre du monde, Ólafsdóttir visite la frontière où douleurs et désirs se ressemblent et rapprochent les êtres et les destinées les plus différents. Dans la droite lignée de Rosa Candida, elle accompagne Jónas dans son devenir. Ses personnages vêtus de la sobre grâce de son écriture suivent les voies impénétrables des processus de cicatrisation du corps et de l’âme.

 
 
D.R
Ólafsdóttir visite la frontière où douleurs et désirs se ressemblent
 
BIBLIOGRAPHIE
Cicatriser de Ör d, traduit de l’islandais par Catherine Eyjólfsson, Zulma, 2017, 240 p.
 
2018-07 / NUMÉRO 145