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2017-11 / NUMÉRO 137   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Roman
Emprisonnés dans le conflit israélo-palestinien


Par Georgia Makhlouf
2017 - 11
Cofondateur avec Pierre Rabbi du mouvement « Colibris », Cyril Dion est surtout connu parce qu’il a écrit et co-réalisé avec Mélanie Laurent le film Demain qui a obtenu le César du meilleur film documentaire en 2016. Mais ce militant écologiste né en 1978 a également travaillé pour la fondation « Hommes de parole » et a participé à l’organisation des Congrès mondiaux des imams et rabbins pour la paix. Il a commencé à écrire son roman Imago en 2006, alors qu’il voyageait beaucoup dans les territoires occupés. Il y rencontrait, dit-il, de nombreuses personnes qui vivaient des situations d’enfermement : enfermement dans une trajectoire de vie, dans un contexte géopolitique et historique, dans un territoire, mais enfermement aussi dans des croyances religieuses ou dans la souffrance, souvent héritée des parents ou de l’histoire familiale. Et cet enfermement était à la source de leurs peurs, peur de l’autre, peur de disparaître. Des personnages ont alors émergé, auxquels Dion a décidé de donner vie dans un roman, un roman qui parle de la possibilité de reconquérir sa liberté, d’accéder à soi-même, de tracer son propre chemin.

Les quatre personnages du roman ont en commun d’être prisonniers de leurs certitudes et bouleversés d’une manière ou d’une autre par le conflit israélo-palestinien. Khalil est plein de désespoir, de rage et d’humiliation. Embrigadé par le mouvement islamiste, il quitte la Palestine pour commettre en France un attentat-suicide. Son demi-frère Nadr, pacifiste, se lance à sa poursuite avec un seul objectif : tenter d’éviter le pire. C’est à Paris qu’ils vont croiser la route de Fernando, fonctionnaire d’une institution internationale, qui a traîné ses basques et ses tableaux Excel en Palestine. Un être sec, qui se réfugie dans la littérature pour échapper au monde des humains. Et puis il y a Amandine, qui cherche désespérément l’amour après s’être épuisée dans l’action humanitaire – croyant sauver le monde alors qu’elle essayait seulement de réparer ses propres manquements, de colmater ses failles.
Malgré l’extrême complexité du problème abordé, Cyril Dion propose une trame sobre et efficace : une succession de dominos empilés entre la Palestine et Paris, entre Rafah et le boulevard Barbès, et qui s’effondrent les uns sur les autres à un rythme soutenu. 

Imago, le titre, fait référence au stade final de la mutation. Parce que tous les personnages sont emprisonnés comme l’est une larve dans son cocon et que leur trajectoire vise à essayer de s’arracher hors du cocon pour devenir papillon, pour devenir eux-mêmes. Dans les dernières lignes du roman, Nadr se met à courir. « Doucement d’abord, puis de plus en plus vite. Son corps n’était plus délimité par sa peau et l’air dans lequel il évoluait le brûlait. Sa présence se fondait parmi les particules qui volaient autour de lui. La douleur était une porte béante. Ou peut-être une fenêtre… »
 
 
 BIBLIOGRAPHIE
Imago de Cyril Dion, Actes Sud, 2017, 224 p.

Cyril Dion au Salon :
Projection du film Demain le 4 novembre à 16h (salle Montaigne- Biel)/ Rencontre autour de Imago le 5 novembre à 18h (Agora)/ Signature à 19h (Antoine).
 
 
© Fanny Dion
 
2017-11 / NUMÉRO 137