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2017-12 / NUMÉRO 138   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Roman
Passions ardentes et amours sucrés aux Caraïbes


Par Josyane Savigneau
2017 - 10


Miguel Bonnefoy, comme son nom ne l’indique pas, écrit en français. Ce jeune homme, vénézuelien d’origine, a fait ses études dans cette langue et a décidé qu’elle serait celle de ses romans. Il a eu raison car, bien que n’étant qu’au deuxième, il a déjà son style. On l’avait remarqué dès son premier livre, Le Voyage d’Octavio (Rivages), qui avait obtenu le prix de la vocation.

Sucre noir, qui paraît cet automne, confirme le talent de Miguel Bonnefoy et sa particularité : une inspiration latino-américaine, mais une rigueur et une économie qui lui permet d’éviter ce que certains déplorent dans les narrations sud-américaines, trop de luxuriance, un foisonnement parfois lassant. Son récit ne fait que 200 pages et s’étend sur plusieurs générations.

On est dans une île des Caraïbes, peut-être imaginaire, bien des années avant ce qui va être le cœur de l’histoire. Le navire du corsaire Henry Morgan sombre au large de l’île : « Le poids du bateau déracina les arbres et l’entraîna vers l’abîme. Un nuage de poussière se leva et couvrit le ciel. Le vacarme de la chute affola les animaux. Ainsi, les marécages, les passions, les profondeurs de la nature, avalèrent si bien la frégate de Henry Morgan que l’on ne récupéra aucun vestige, et son trésor resta enfoui là, entre des morceaux de voile et le cadavre d’un pirate, conservé dans le ventre des caraïbes. »

Après ce prologue, on fait un saut dans le temps : « Trois siècles plus tard, un village s’installa là où le bateau avait disparu. Ce n’était alors qu’une communauté isolée, construite à la lisière d’une forêt, où l’on vivait de ce qu’on produisait. Le lait se distribuait aux portes, la glace était un luxe et les montres étaient réglées sur le vol des oiseaux. Les femmes portaient des corbeilles de fruits sur leur tête jusqu’à une place sans nom ni statue, où les chemins n’étaient pas encore pavés. »

Mais la rumeur du trésor enfoui a perduré. Elle a même été ravivée par un homme passant un jour par le village. Et qui dit rumeur de trésor, dit chasseurs, explorateurs. Ils vont se succéder et s’immiscer dans la vie de la famille Otero, qui possède une plantation de cannes à sucre.

Il ne faut certes pas résumer ce livre qui peut se lire comme un roman d’aventures – donc il faut en préserver les rebondissements – ou comme un conte sur le désir de richesse – dont il ne faut pas donner la morale. Les chasseurs de trésor pensent que leur découverte ne les rendra pas seulement fortunés, mais heureux. Ils cherchent aussi l’amour, jugeant que cette quête perpétuelle de l’amour n’est pas incompatible avec une passion pour ce trésor enfoui.

Tous vont croiser le chemin de Serena Otero, l’héritière de la plantation. Elle rêve d’un autre destin, elle ne peut donc qu’être sensible à la présence de ces hommes venus d’ailleurs, à commencer par Severo Bracamonte, ambitieux jeune homme, qui arrive de la ville, apportant « ses bruits et ses rumeurs, ses nuages d’usine, sa fiévreuse modernité ».

Que dire d’Eva Fuego ? Le moins possible, car c’est elle qui peut-être détient la clé du mystère, et celle du titre. Car pourquoi donc « sucre noir » ? On peut s’en tenir à son arrivée dans la famille. Elle est la fille de Serena, mais pas son enfant biologique : « Elle aima Eva Fuego plus que personne, comme greffée à elle par cette naissance (...). Elle bénissait cette rencontre qui apaisait le désarroi d’une femme qui ne pouvait être mère et la détresse d’une orpheline qui ne pouvait être fille. » S’il y a un mot qui ne convient pas aux destins de Serena et d’Eva Fuego c’est « apaisé ». Et il faut suivre avec bonheur Miguel Bonnefoy pour tout savoir.


 
 
D.R.
 
BIBLIOGRAPHIE
Sucre noir de Miguel Bonnefoy, Rivages, 2017, 208 p.
 
2017-12 / NUMÉRO 138