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2017-07 / NUMÉRO 133   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Roman
La gourgandine et le saint


Par Edgar Davidian
2017 - 07
Comme d’habitude, le dernier roman Belle d’amour de Franz Olivier Giesbert est un régal. Une fois de plus, l’auteur de La Cuisinière d’Himmler emploie à bon escient les ingrédients épicés qui ont fait ses succès antérieurs, à savoir : aventures rocambolesques, humour abrasif, la petite histoire qui s’imbrique dans la grande, une langue élégante, fluide, colorée, et des réflexions pertinentes sur l’universel des sentiments et des travers humains.

Dans ce roman, les croisades sont vues non à travers les yeux des Arabes, comme chez Amin Maalouf, mais à travers ceux de Tiphanie, une pauvre orpheline en ce redoutable XIIIe siècle, qui fut tour à tour pâtissière, troubadour, femme à hommes, et suivante de saint Louis, le roi de France. Au milieu d’une soldatesque agressive et agressée par un Orient qu’elle méconnaît, elle observe, apprend à découvrir et à comprendre. D’un côté comme de l’autre, on brandit le nom de Dieu, d’Allah, de Yahvé. On s’étripe et on se trucide toujours pour les mêmes raisons… Sur ce fond de décor chargé de tempêtes, de convoitises, de noirceur, de fanatisme, de fureurs guerrières, l’inspiration de l’auteur de La Souille ne fléchit pas un seul instant : il y a là un flot continu de situations ahurissantes, une foule de personnages odieux, sanguinaires, débonnaires, victimes et bourreaux, toujours à couteaux tirés, et ce désir fou des corps, entre gaudriole et débauche, à une époque faussement vertueuse. Avec son ironie mordante, sa verve, sa culture immense, ses dialogues qui se chevauchent en contrepointes brillantes, Giesbert fouille à la diable les archives de la ruée vers la Terre sainte. Mais pour ce conte hautement romanesque planté au cœur du Moyen-âge, la sauce médiévale a parfois de la peine à prendre à cause de la volonté de l’auteur de revenir aux temps modernes et de démontrer au lecteur que le règne du très pieux roi capétien et de la houle islamiste contemporaine ont des similitudes évidentes… Ces digressions nuisent peut-être au rythme du roman, mais elles ont le mérite de donner à ce livre une autre dimension en ajoutant à l’époustouflante saga picaresque une belle leçon de tolérance.

 
 
D.R.
 
BIBLIOGRAPHIE
Belle d’amour de Franz Olivier Giesbert, Gallimard, 2017, 384 p.
 
2017-07 / NUMÉRO 133