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Roman
Mahrajane : l’hôtel d’une ville


Par Tarek Abi Samra
2015 - 11
Beaucoup de romanciers s’intéressent aux hôtels : ce sont des microcosmes qui peuvent tenir lieu d’une société tout entière. Tel est le cas de l’écrivain et journaliste français d’origine égyptienne Robert Solé qui, dans son nouveau roman Hôtel Mahrajane, essaie de retracer les bouleversements politiques et sociaux ayant déferlé sur le monde arabe ces soixante dernières années.

L’hôtel Mahrajane est la plus importante attraction touristique de Nari, une petite ville égyptienne fictive au bord la Méditerranée. « Je ne viens pas au Mahrajane pour visiter Nari, je viens à Nari pour loger au Mahrajane », dit effectivement une vielle aristocrate luxembourgeoise. Parmi les habitués de cet établissement, on retrouve, outre de riches touristes européens, la grande bourgeoisie de la ville, l’hôtel faisant office de club à cette société locale. Chrétiens, musulmans et juifs s’y côtoient, vivant en bonne entente mais veillant à ce que certaines limites soient strictement maintenues : les mariages entre personnes de communautés différentes ne sont guère tolérés, et peuvent provoquer drames et scandales. 

Au début des années 1950, la ville de Nari est à l’image du Mahrajane : cosmopolite, plurilingue et multiconfessionnelle. Mais rapidement, les minorités juives, arméniennes et chrétiennes – qui d’ailleurs ne bénéficient pas des mêmes droits dont jouissent les musulmans – commencent à ne plus se sentir chez elles : la région est en pleine ébullition, c’est la montée en puissance du panarabisme et l’exacerbation du conflit israélo-arabe. La vie de ces communautés en est ébranlée : les juifs sont expulsés, les Arméniens s’exilent un peu plus tard et enfin, avec la prolifération de l’islamisme, beaucoup de chrétiens partent s’installer définitivement en Europe.

Le Mahrajane souffre de toutes ces tribulations. Il change trois fois de directeur en l’espace de quelques années : au juif Lévy-Hannour, gendre du fondateur, succède l’Arménien M. Maloumian, relayé par le chrétien Louca puis enfin par le musulman Ezzedine. Plus tard, l’hôtel sera réaffecté comme siège du gouvernorat et finira dans les flammes lors des soulèvements populaires en 2011. 

C’est grâce à un narrateur anonyme, le neveu de Louca, que l’on découvre les arcanes du Mahrajane. Appartenant à une famille de la petite bourgeoisie chrétienne de Nari, il est, depuis son enfance, fasciné par cet hôtel. Adolescent, il y travaillera durant les vacances d’été comme assistant de son oncle et y tombera amoureux d’une jeune fille musulmane. Longtemps après, vivant en France et pris par la nostalgie du pays natal, il procédera à des recherches afin de reconstituer l’histoire de cet établissement qui l’avait tant fait rêver auparavant. Pour ce narrateur – pour l’auteur aussi, probablement –, le Mahrajane est le symbole d’un âge d’or peut-être à jamais révolu, celui où les chrétiens d’Orient et autres minorités avaient encore leur place dans le monde arabe.



Robert Solé au Salon
Table ronde « Naguib Mahfouz l’intemportel », le 24 octobre à 19h (Agora)/ Signature de Hôtel Mahrajane à 20h (Antoine)

Table ronde « Le roman et l’Histoire: écrire comme journaliste, historien ou romancier », le 25 octobre à 17h (Agora)/ Signature de Hôtel Mahrajane à 18h (Antoine)

Lancement du projet « Bibliothèques nomades », le 26 octobre à 17h (Salle RDC)
 
 
D.R.
Rapidement, les minorités commencent à ne plus se sentir chez elles : la région est en pleine ébullition
 
BIBLIOGRAPHIE
Hôtel Mahrajane de Robert Solé, Seuil, 2015, 272 p.
 
2018-12 / NUMÉRO 150