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2017-07 / NUMÉRO 133   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Jeu mondain pour faire parler l'intime


Par Georgia Makhlouf
2017 - 07
Aragon estimait que le comble de la misère était la misère. Jacques Audiberti répondait que le principal trait de son caractère était « d’union ». Lorsqu’on lui demandait ce qu’il voudrait être, Romain Gary répondait : « Romain Gary, mais c’est impossible. » Louise de Vilmorin affirmait que sa devise était « Au secours ! ».

Ils sont vingt-deux à avoir répondu au fameux Questionnaire de Proust, écrivains pour la plupart, et leurs réponses sont reprises dans un élégant petit ouvrage, accompagnées de très belles photos en noir et blanc, souvent assez peu connues : Marcel Jouhandeau sur une balançoire, Marcel Pagnol jouant à la pétanque, ou Joseph Kessel chez lui, devant sa bibliothèque.

Le « Questionnaire de Proust » est à l’origine un jeu anglais en vogue au XIXe siècle auquel le jeune Marcel répondit en 1886 et non, comme on le croit le plus souvent, un questionnaire imaginé par le célèbre écrivain. La liste des questions était imprimée sur de petits carnets en cuir et ce jeu mondain, dont l’objectif était de dévoiler ses goûts et ses aspirations, donc de révéler de soi quelque chose d’intime, était très répandu dans les salons bourgeois. Lorsqu’il y répondit, à la demande d’Antoinette, fille de Félix Faure et amie du futur écrivain, Proust n’avait que quinze ans, et c’était à l’occasion de l’un de ces goûters que la jeune fille organisait pour rassembler quelques-uns de ses amis appartenant à la jeunesse dorée du Paris fin-de-siècle. Le carnet, qu’Antoinette conserva, fut redécouvert en 1924. Mais Proust se livra une deuxième fois au jeu du questionnaire, à l’âge de vingt ans, et c’est cette seconde version, comportant sept questions de plus et publiée dans La Revue illustrée en 1892, qui fit connaître le questionnaire et en répandit l’usage dans la presse. 

On prendra donc plaisir à lire les réponses, publiées dans l’ouvrage qui vient de paraître, qui parfois ressemblent à leurs auteurs et parfois surprennent. Ainsi Raymond Queneau estimant que le comble de la misère est de remplir un questionnaire, qu’il aimerait vivre là où l’on n’en remplit pas, et dont l’idéal de bonheur est de ne pas avoir à remplir de questionnaire. Ce même Queneau affirme que sa vertu préférée est « celle qui court les rues ». Ou Jacques Audiberti citant Dieu comme personnage historique favori et répondant que ce qu’il voudrait être, c’est « bien logé ». On terminera avec Aragon choisissant « Elsa » comme héroïne favorite dans la vie réelle et comme héroïne favorite dans la fiction, alors qu’Elsa choisissait Aragon comme son auteur favori en prose et comme son poète préféré.


 
 
D.R.
 
BIBLIOGRAPHIE
Le Questionnaire de Proust de , éditions Textuel, 2016, 144 p.
 
2017-07 / NUMÉRO 133