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2018-09 / NUMÉRO 147   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Poème d’ici



Par Samia Toutounji
2018 - 03

Poète et grande figure de la scène culturelle et libanaise, Samia Toutounji (1939-1989) publie son recueil Multiples présences en 1968. Au début des années 60, elle collabore d'abord à la Gallery One, puis organise des expositions à son domicile pour faire connaître des artistes libanais. Membre du comité de direction de Dar el-Fan wal Adab, elle devient sa présidente (1972-1974) et lui donnera une nouvelle impulsion en multipliant expositions, concerts, pièces de théâtre, conférences etc. Annonciatrice des lieux d'art polyvalents en vogue aujourd'hui, Platform, sa galerie inaugurée en 1985, poursuit son travail de promotion et d'accompagnement de nombreux artistes libanais. Elle meurt tuée dans le bombardement de l’ambassade d’Espagne avec son père, l'écrivain Toufic Youssef Aouad, et son beau-frère, l’ambassadeur Pedro de Aristegui.

Je suis femme plénière portant métaux et pierres

Tête souveraine amours éphémères

Je suis femme et métamorphoses de femmes

Mon buste d’anémones cossues

Ma cambrure de vaincue

Ma démarche où trébuche la vertu

J’ai le visage qu’on me prête

et le geste qu’on aime

 

Et je veux aller à la mer au ruisseau à Saint Cernin

Faire don de mon bagage d’hier

te donner toutes mes lanières

colorées et légères

Les donner aux missionnaires

 

Mais va-t’en chaste femme

enfouie derrière mes paupières

Va-t’en petite pensionnaire

je veux craquer ma carapace de fille

 

Les joyaux c’est mourir un peu

Le soleil à mon échine c’est un peu faire les gueux

 

Va-t’en rostre d’ébène porteur d’hiver

Je ne suis plus la même

Je ne suis plus la taupe cachée

Ni le lièvre couleur de terre

Ni l’esquif bercé d’une même vague

Ni l’ancre murée en un même oubli

 

Je veux porter nature roseraies et verveines

je veux glisser féline entre mousseline

et gamineries incertaines

Je veux la couronne conjurée

le collier de feuillages

le genou fabriqué

la robe du délire la cape panachée

 

 

Et moi bigarrée d’ombrages

de doigts savants de touches sages

sur la cariole blanche et nue

saison au cœur de saisons

Je passe

 

Poème p. 42 in Multiples présences de Samia Toutounji, Peter Brogren, The Voyagers' Press, 1968. 

 
 
D.R
 
2018-09 / NUMÉRO 147