FEUILLETER UN AUTRE NUMÉRO
Mois
Année

2017-07 / NUMÉRO 133   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
CHERCHER SUR LE SITE
 
ILS / ELLES
 
LIVRES
 
IMAGES
 
Au fil des jours...
 
Poème d’ici
À mon ami le poète algérien


Par Malek Haddad
2017 - 02

NMalek Haddad, romancier et poète algérien d’expression française, est né le 5 juillet 1927 à Constantine en Algérie. Après des études de droit à Aix-En-Provence en 1954, précédées d’une brève expérience dans l’enseignement, il abandonne le droit et passe par la Camargue où il travaille comme ouvrier agricole aux côtés de Kateb Yacine. Il s’adonne par la suite à l’écriture. À partir de 1962, Malek Haddad s’implique dans la création de la presse nationale, fait partie du comité de rédaction de Novembre et anime à Constantine la page culturelle d’an-Nasr (1965-1968). Après avoir signé deux recueils de poèmes, un essai et quatre romans, Haddad renonce à la littérature et rompt ses liens avec le français, langue avec laquelle il a toujours eu une relation ambivalente et torturée. Le poète s’engage alors dans la politique et assume plusieurs postes de responsabilité dont celui de directeur de la culture au ministère de l’Information et de la Culture (1968-1972). Haddad meurt à Alger des suites d’un cancer le 2 juin 1978 à l'âge de cinquante et un an. Quoique traduite dans quatorze langues, son œuvre demeure encore méconnue.

 

 À mon ami le poète algérien

(…) Les nuages sont malfaisants. Parfois ils ont des rides comme un front triste. Il nous faut dévoiler nos yeux. Je suis persuadé que l’eau existerait sans l’oxygène et l’hydrogène. A l’école on nous a dit : les corolles, les pétales, le calice. Moi je réponds : Serpolet. Je n’ai jamais vu de serpolet. Alors je hausse les épaules. Mes épaules sont sur mon dos. J’ai mes épaules sur le dos. Et je vais dans la vie un serpolet au bout des doigts.

Moi qui chante en français, poète, mon ami, si mon accent te choque, il faut bien me comprendre : le colonialisme a voulu que j’aie un défaut de langue… 

Alors sur la montagne il fera triste, et beau, et inévitable comme un devoir rempli. Tu feras beaucoup de taches sur ton cahier d’écolier. Tu choisiras tes manuscrits. Et tout d’abord Guelma, tout d’abord le Guergour, par exemple Séoul, par exemple Oradour, par exemple Vercors, par exemple l’Ukraine… Et ce bois qui consent à me donner sa flamme quand je suis le témoin des forêts à venger… Debout celui qui sait que l’on choisit sa route et qu’il faudra grandir. Tu vas dire : Ce Malek il a des mots français. N’importe ! Alger peut bien se dire en chinois. Oui, Aragon, c’est là le « drame du langage ». Si je savais chanter, j’aurais des mots arabes… (…)

Extrait du poème paru dans la revue Apulée, n°1, Zulma, 2016

 
 
D.R.
 
2017-07 / NUMÉRO 133