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Poème d’ici
Le ciel meurt-il ? 


Par Fatima al-Ashabi
2011 - 12
Fatima al-Ashabi est l’une des rares femmes poètes du Yémen à avoir réussi, lors des années 1970-1980, à se faire une place dans un paysage littéraire presque exclusivement masculin. Depuis, cette littérature féminine progressivement s’affirme et se développe. Les premières publications de Fatima al-Ashabi datent des années 1980. Chercheuse au Centre yéménite de recherches et d’études, elle participe régulièrement à des rencontres de poésie au Yémen et à l’étranger. Son recueil Innaha Fatima (C’est Fatima) a paru à Bagdad en 2000.


Le ciel meurt-il ? 

Pardonnez-moi je souffre du tremblement de la proie
entre les crocs du seigneur des forêts
Je saigne comme le crépuscule, pourrais-je commencer
une aube nouvelle pour que s’achève mon drame
(…) Depuis des centaines de siècles je porte sur mon dos
Le poids de ma servitude et je traîne derrière moi les années
Je me vide par des centaines de blessures
que me reste-t-il de mes qualités ?
De mes centaines de blessures s’écoule
tout ce qui me reste de qualités
Où est mon beau visage ? Où est ma jeunesse ?
Le ciel meurt-il dans les regrets ?
Où sont ces rêves ? Où ont-ils disparu ?
Où est ma vérité ? Où est mon âme ?
Ma douleur atteint l’âge de mille siècles
derrière les murs de ces plaintes
Mille remparts et pour un rempart qui s’écroule
un autre apparaît qui limite mes forces
Dans mon isolement, ma solitude et mes chaînes
je n’ai personne de présent ni à venir
Ils m’ont dépouillée de mes qualités et ils ont dit
Les femmes ont été créées pour la décoration
Ils ont oublié que celle qu’ils traitent en faible
est l’auteur de tous ces miracles
Ceux petits en toutes choses
qui ne sont grands que dans l’ironie
Les hommes, les hommes qui atteignent les limites de la vanité
Lorsqu’à belles dents ils déchirent les femmes dans leurs assemblées
Pardonnez-moi mais mon oraison est éloquente
et des pleurs gémissent dans les battements de mon cœur
Pardonnez-moi mais je suis amère
face à ces yeux qui plongent dans les failles de l’intimité
(…) Ah si seulement vous pouviez savoir de quel pays
J’étais la reine des reines
Entre un sanglot et son écho me voici
devenue presque une tombe remplie de morts.
 
*Traduit de l’arabe par l’Atelier de traduction de l’École normale supérieure de Paris sous la direction de Houda Ayoub.
 
 
Pablo Picasso, Femme au miroir, 1959.
 
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